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Réglementation de l’IA

Charte d’utilisation de l’IA en entreprise : modèle commenté

Une charte d’utilisation de l’IA est un document d’une à deux pages qui dit à vos salariés ce qu’ils peuvent faire avec les outils d’intelligence artificielle, ce qu’ils ne doivent jamais faire, et qui valide quoi. Ce n’est ni une politique de sécurité, ni un règlement intérieur.

Elle répond à une situation très concrète. Dans la plupart des entreprises, l’IA est déjà utilisée, sans autorisation explicite ni interdiction claire. Chacun ouvre le compte gratuit de son choix et y dépose ce qu’il juge acceptable. Le risque n’est pas théorique : il porte un nom, c’est la sortie d’informations confidentielles hors de l’entreprise, sans trace et sans intention de nuire.

Cet article donne les sept rubriques indispensables, puis un modèle rédigé et commenté, clause par clause. Il fait suite à notre article pilier sur l’IA en entreprise.

Le contenu

Sept rubriques, et pas une de plus.

Une charte de douze pages ne sera pas lue. Visez deux pages, sept rubriques, des phrases qui commencent par un verbe.

  1. Le périmètre. Qui est concerné, quels outils sont visés, y compris les comptes personnels utilisés dans un cadre professionnel.
  2. Les outils autorisés. La liste nominative des outils validés, et la règle pour en demander un nouveau.
  3. Les données. Ce qui peut être déposé, ce qui ne l’est jamais. C’est la rubrique la plus importante.
  4. La vérification. Qui relit quoi avant diffusion, selon la destination du contenu.
  5. La transparence. Quand et comment signaler qu’un contenu a été produit avec une IA.
  6. Les usages interdits. Les décisions qui ne se délèguent pas, quel que soit l’outil.
  7. Le contact. À qui s’adresser en cas de doute, et comment signaler un incident.

Trois erreurs reviennent systématiquement : interdire l’IA sans le dire franchement, ce qui pousse les usages dans l’ombre ; écrire une charte si vague qu’elle n’aide personne à trancher ; et la diffuser sans jamais expliquer pourquoi ces règles existent.

Le modèle

Un modèle commenté clause par clause.

Le texte en italique est à reprendre tel quel ou à adapter. Le commentaire qui suit explique pourquoi la clause est formulée ainsi, et où se trouvent les pièges.

1. Périmètre

La présente charte s’applique à l’ensemble des collaborateurs, stagiaires et prestataires, pour tout usage d’un outil d’intelligence artificielle dans le cadre professionnel, y compris depuis un compte personnel et depuis un équipement personnel.

La dernière incise est celle qui compte. Sans elle, la charte ne couvre pas le cas le plus fréquent : le salarié qui ouvre l’outil sur son téléphone, avec son compte personnel, pour aller plus vite.

2. Outils autorisés

Seuls les outils figurant en annexe sont autorisés pour un usage professionnel. Toute demande d’ajout est adressée à [rôle], qui vérifie les conditions contractuelles avant validation. L’usage d’un outil non listé est possible uniquement sur des données publiques.

La dernière phrase évite de transformer la charte en mur. Tester un nouvel outil sur un texte public ne présente aucun risque, et l’interdire ferait perdre toute crédibilité au reste du document. Mettez la liste en annexe : elle bougera plus souvent que la charte.

3. Données autorisées et données interdites

Ne doivent jamais être déposés dans un outil d’IA : les données personnelles de clients, de salariés ou de candidats ; les documents contractuels non publics ; les données financières non publiées ; les informations couvertes par un accord de confidentialité ; les identifiants et mots de passe ; tout élément technique non divulgué. En cas de doute, la règle est de ne pas déposer.

Une liste fermée vaut mieux qu’un principe général. « Ne déposez rien de sensible » ne permet à personne de décider devant son écran. La CNIL recommande de définir en amont les usages autorisés et les données mobilisables plutôt que d’arbitrer au cas par cas.

4. Vérification avant diffusion

Tout contenu produit avec l’aide d’une IA est relu par son auteur avant utilisation. Tout contenu destiné à sortir de l’entreprise, à être publié ou à fonder une décision est en outre validé par le responsable concerné. L’auteur reste responsable de ce qu’il signe.

La dernière phrase ferme la porte au « c’est l’IA qui l’a écrit ». Elle est aussi celle qui rassure le plus les équipes juridiques.

5. Transparence

Les contenus générés ou substantiellement modifiés par une IA et diffusés au public sont identifiés comme tels. Tout dispositif conversationnel accessible à des tiers indique qu’il s’agit d’une intelligence artificielle.

Cette clause n’est pas une précaution : c’est une obligation issue du règlement européen sur l’IA, applicable depuis le 2 août 2026. Voir notre article sur l’AI Act.

6. Usages interdits

Il est interdit de confier à une IA, sans intervention humaine, une décision relative à l’embauche, à l’évaluation, à la sanction ou au licenciement d’une personne, à l’accès à un service ou à l’octroi d’un avantage. L’analyse des émotions des collaborateurs par un dispositif automatisé est proscrite.

La seconde phrase reprend une pratique interdite par le règlement européen depuis février 2025. Beaucoup d’entreprises l’ignorent et se voient proposer des outils qui l’implémentent, notamment dans les solutions de centre d’appels.

7. Contact et signalement

Toute question relative à l’application de la présente charte est adressée à [rôle et adresse]. Tout incident, notamment le dépôt involontaire d’une information confidentielle, est signalé sans délai et sans conséquence disciplinaire pour celui qui le signale.

La dernière incise change tout. Sans elle, les incidents ne remontent jamais, et vous découvrez le problème trop tard.

La mise en oeuvre

Faire vivre la charte, pas la classer.

Une charte diffusée par courriel est lue par un tiers des destinataires et appliquée par moins encore. Trois gestes suffisent à changer cela. Présentez-la en trente minutes, en expliquant le pourquoi de chaque interdiction plutôt que la liste. Intégrez-la au parcours d’arrivée des nouveaux. Et relisez-la deux fois par an, parce que la liste des outils autorisés bouge, pas les principes.

Sur le plan juridique, une charte annexée au règlement intérieur devient opposable, mais impose la procédure correspondante : consultation des représentants du personnel, transmission à l’inspection du travail, dépôt au greffe. Une charte simplement diffusée reste une règle de bonne pratique. Le choix entre les deux dépend de ce que vous voulez pouvoir sanctionner, et mérite un avis juridique.

Questions fréquentes

Ce qu’on nous demande sur la charte IA.

Une charte IA est-elle obligatoire ?

Non, aucun texte n’impose une charte en tant que telle. En revanche, le règlement européen sur l’IA impose de garantir un niveau suffisant de maîtrise de l’IA chez les personnes qui l’utilisent, et le RGPD impose de documenter les traitements de données personnelles. La charte est le moyen le plus simple de répondre aux deux avec un seul document.

Faut-il consulter le CSE ?

Si la charte est annexée au règlement intérieur ou si l’introduction de l’IA modifie les conditions de travail, la consultation des représentants du personnel s’impose. Au-delà de l’obligation, c’est souvent le meilleur moyen d’éviter que le sujet soit vécu comme une surveillance déguisée.

Peut-on interdire complètement l’IA ?

En droit, oui, sur les équipements de l’entreprise. En pratique, l’interdiction totale déplace l’usage vers les téléphones personnels, où vous ne voyez plus rien. Autoriser un outil encadré avec des règles claires protège mieux qu’une interdiction non applicable.

Combien de temps faut-il pour écrire une charte ?

Une demi-journée pour la rédaction à partir d’un modèle, une fois que l’inventaire des usages existants est fait. C’est l’inventaire qui prend du temps, pas la charte, et c’est lui qui détermine le contenu de l’annexe des outils autorisés.

Aller plus loin

Écrire la charte avec vos équipes.

L’inventaire des usages et la rédaction de la charte font partie du programme de la formation IA et RGPD, et du volet gouvernance de la formation AI Act. Pour cadrer au niveau de la direction, voir la formation IA pour dirigeants.

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Sources

Règlement (UE) 2024/1689, articles 4, 5 et 50, 2024 · CNIL, intelligence artificielle, 2026. Ce modèle est un point de départ, il ne remplace pas un avis juridique adapté à votre situation.

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